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Dans le rétro
      • France 1955 : Bobet battu !

      • Ce championnat de France 1955 organisé pour la première fois à Châteaulin connut un énorme succès populaire et un épilogue mouvementé ! Revivons, sous la plume de Robert Chapatte, la fin de ce premier championnat organisé au bord de l’Aulne.
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         « Au dernier kilomètre, abordé sous la conduite de Scodeller et Privat, les douze restaient encore groupés. A ce moment, la puissante machine violine se mit en action pour lancer le rutilant leader maison, maillot jaune en l’occurrence. Louison Bobet (pour une fois défroqué de son maillot arc-en-ciel). Antonin Rolland, le toujours présent, accéléra progressivement, son chef de file dans son sillage. En troisième position, Louis Caput qui avait réussi le prodige de conserver la roue n°1, puis en file indienne, Fournier, Privat, Bernard Gauthier et enfin, dans les « La Perle », Anquetil, Scodeller et Darrigade. Réalisant son erreur de placement, le dernier nommé jaillit alors comme un bolide  et surgit en avant-train.

         

        400 mètres restaient à couvrir. Le sprint lancé, impossible de l’arrêter. André n’hésita pas et fonça mais les 100 derniers mètres n’en finissaient pas. Une première fois, le maillot jaune vint à sa hauteur, il se replaça quelques mètres plus loin, puis un ultime coude à coude empoigna les deux bolides. Dix centimètres les séparaient. Coudes écartés, le rouge était lancé, bras rentrés, le jaune tentait désespérément de le sauter avant la ligne. Désemparé, collé au flanc de  son rival,  Bobet échoua. Exténué, livide, Darrigade avait conservé les centimètres nécessaires à sa priorité.

         

        André qui riait, Louison qui pleurait, voilà ce qui suivit aux alentours de la ligne d’arrivée dans l’attente de la décision officielle.

         

        « C’est un scandale, répétait Louison Bobet, terriblement excité par ce qu’il considérait comme une injustice. Par deux fois, André a coupé mon effort final. Comment ai-je conservé l’équilibre, je me le demande. Je dépose une réclamation. »

         

        « Je ne voyais plus rien, expliquait Darrigade. Parti de trop loin, je ne pouvais plus terminer le sprint. Si j’ai gêné Louison, je ne m’en rendais pas compte, et je ne pense pas qu’on puisse me le reprocher. »

         

        Pour avoir assisté à cet emballage, notre opinion n’avantage en rien ni l’un ni l’autre des deux hommes. Déclasser Darrigade eut été sévère, mais donner tort à Bobet l’est tout autant.

         

        Robert Chapatte in Miroir-Sprint n°472 du 27 juin 1955