Le repérage des circuits permettait aux coureurs les plus expérimentés de dénicher au cœur des bosquets la meilleure des trajectoires, quelques passages secrets, véritables raccourcis vers la victoire. Mais ces séances qui précédent les courses importantes faisaient parfois l’objet d’un espionnage assidu ! Ainsi, Jean Robic, en pleine reconnaissance découvrit-il un chemin qui devait lui permettre de gagner quelques mètres, à chaque passage. Malheureusement, cette découverte n’avait pas échappé à quelques adversaires et, au premier tour, Biquet heurta violemment un fil de fer discrètement tendu avant le départ sur son chemin de traverse.
Le cyclo-cross pouvait déchaîner les passions et certains supporters n’hésitaient pas à favoriser irrégulièrement leur favori. Ainsi, lors d’une course disputée en région parisienne dans les années 30, le brestois Georges Peuziat rencontra quelques fans aux allures de bûcheron ! En compagnie de Kleber Piot, ce porteur de journaux installé à Paris tentait de réduire l’écart sur un coureur échappé. Après le passage du leader, des arbustes coupés à la base s’abattirent sur les deux malheureux poursuivants ! Et bien sur, aucune trace des valeureux bûcherons…
Georges Peuziat se souvenait également d’une autre mésaventure, toujours sur l’un des difficiles et populaires circuits de la région parisienne. Suite à la descente dite du trou du diable, les coureurs devaient franchir un petit cours d’eau. La veille, dans l’eau et la boue, le champion de France 1937 observa un passage bien plus roulant. Le lendemain, comme convenu, il aborda l’obstacle sans ralentir et se retrouva enfoncé dans la boue jusqu’au guidon ! Visiblement, le trou avait été profondément creusé avant le départ…
Chaque année, Clamart accueillait une course organisée par le journal Libération. Dans la neige jusqu’aux genoux, les coureurs ne montaient sur leur machine que dans une descente ! Rondeaux ne put éviter la glissade, heurta violemment le mur d’une cabane forestière et fut victime d’un sévère traumatisme crânien. Après une course extrêmement longue – 2h45 ! -Peuziat empocha la victoire et son second n’apparut que dix-sept minutes plus tard !
A l’inverse, à la fin de l’occupation, le cross de Corpiquet près de Caen s’avéra beaucoup plus courte ! Le parcours était tracé près d’un terrain d’aviation et soudain, en pleine course, cinquante avions anglais piquèrent et canardèrent les pistes, juste derrière les coureurs ! Peuziat avouera par la suite qu’il avait ce jour-là – je cite – « percé le mur du son » et que jamais plus il ne sprinta aussi vite !
Des entourloupes qui évoquent une époque aujourd’hui révolue et remontent aux premiers temps du cylo-cross ? Guillaume Benoist pourrait en douter… En 1995, sur le circuit helvète d’Eschenbach, le grand Guillaume fut battu pour le titre de champion du Monde des juniors par Zdenek Mlynar. Benoist avouera par la suite avoir été particulièrement gêné par l’un des mécaniciens du jeune tchèque !