Chaque hiver, les speakers des cyclo-cross bretons se hasardent à faire un peu d’histoire en citant – parfois avec un brin de nostalgie – le nom du plus illustre cyclo-crossman de la région. Chacune de nos célèbres voix garde un champion ou l’autre à l’esprit. Ainsi, le spectateur assidu des « labourés » aura entendu les haut-parleurs citer aussi bien Jean-Michel Richeux, que Patrick Robin, Hilaire Desclos ou encore Guillaume Benoist, voire même Jean-Yves Plaisance ou Cyrille Guimard. Tous auront eu, au cours d’un dimanche de l’hiver, le droit de se voir attribuer le titre de noblesse du « plus grand cyclo-crossman Breton de l’histoire ». On le sait, le temps a le don d’estomper des vérités. Ces champions-là étaient sûrement des cracks, mais leurs palmarès font toutefois pâle figure comparés à celui du plus illustre de nos cyclo-crossmen : Jean Robic.
Le plus grand cyclo-crossman Breton. Et de loin…
Le Morbihannais Jean Robic est une légende du cyclisme breton, un héros populaire comme il y en eut peu. Son Tour de France 1947 reste son titre le plus prestigieux. Sa carrière de routier a été si splendide qu’elle a eu pour effet – malheureusement – de jeter dans l’ombre son autre carrière, celle de cyclo-crossman. Jean Robic se hisse au sommet du cyclo-cross mondial en remportant, en 1947, à l’âge de 25 ans, le Critérium International (qu’on ne s’y trompe pas, si l’UCI n’a pas encore donné à cette épreuve le titre officiel de championnat du monde, il s’agit bien d’un mondial comme on l’entend aujourd’hui). Un an auparavant, en 1946, Robic avait déjà gagné le Cyclo-cross des Nations (remplaçant sous-estimé et provisoire de l’International interrompu par la guerre). En 1950, l’UCI décide de donner enfin l’appelation de « Championnat du Monde » à ce qui était depuis 1924 le « Critérium International ». Pour la première fois, un maillot arc-en-ciel est en jeu. Il sera remporté par notre héros Breton, déjà porteur du maillot de Champion de France en 1945.
Triple « Champion du Monde »
L’enfant de Radenac, Jean Robic, représente à lui seul trois titres mondiaux chez les élites (1946, 1947 et 1950), même si seul le dernier possède une valeur officielle aux yeux de l’UCI… A noter que les cyclo-crossmen Bretons les plus « oubliés » du XXe siècle, Paul Le Drogo, Georges Peuziat et Joseph Mahé, ont tous les trois pris une médaille de bronze (respectivement en 1928, 1942 et 1964) lors du Mondial des élites-professionnels. Cela relativise d’autant plus les performances réalisées par nombre d’autres Bretons plus connus de nos jours…
Le « Sven Nys » des années 1945-1950
Entre 1945 et 1950, avant de laisser place à une autre génération (Roger Rondeaux, puis l’incroyable André Dufraisse…), Jean Robic fut une sorte de « Sven Nys » écumant les victoires dans la région parisienne. Les dominateurs du cyclo-cross étaient Français, le bassin parisien était alors très comparable à ce que sont les Flandres belges d’aujourd’hui. Ainsi, il remporta le cyclo-cross de Montmartre 1947 et 1948 devant… 100.000 spectateurs ! Osez seulement imaginer cela de nos jours… Jean Robic a eu, dans le milieu du cyclo-cross, une aura qu’aucun autre Breton ne peut prétendre avoir possédé. Et cela, on ne peut pas se permettre de l’oublier ! Et quant à ceux qui regardent l’histoire avec un brin d’ironie, qu’ils observent simplement la moyenne réalisée par Jean Robic lors de son titre mondial :
Samedi 4 mars 1950. Championnat du Monde de cyclo-cross à Vincennes.
Jean Robic revêt l’arc-en-ciel
Jean Robic, privé du championnat du monde sur route 1949, s’est vengé en inscrivant, le premier, son nom au palmarès naissant des championnats du monde de cyclo-cross. Une fois encore, le Breton, dont la volonté ne fléchit jamais, a triomphé à Vincennes sur ce plateau de Gravelle ouvert à tous les vents. Et pour cette victoire internationale, le président de l’UCI, Achille Joinard, lui a remis un maillot arc-en-ciel envié, le même que porte sur la route Fausto Coppi.
Pour obtenir cette récompense, « Biquet » n’aura pas eu besoin d’aller loin, le Bois de Vincennes lui a suffit ! Que l’ex-vainqueur du Tour conserve sa quiétude : son titre ne sera contesté par personne. Que ce fussent ses rivaux ou les milliers de spectateurs massés sur le circuit, tous ont reconnu sa supériorité. Ainsi, Roger Rondeaux, son ami et… élève, battu au sprint après une course calquée sur celle du champion nous dit après l’arrivée : « Personne n’aurait lâché Robic aujourd’hui. Et il m’est supérieur au sprint ! ». Roger Rondeaux, néanmoins, méritait des félicitations pour la manière dont il revint sur Robic, au cours de la deuxième boucle (la course en comportait quatre), après qu’une chute lui ait fait perdre 15 secondes. Et 15 secondes, c’est beaucoup en cyclo-cross…
Déclaration de Jean Robic après sa victoire :
« Le titre de champion du monde de cyclo-cross est, avec ma victoire dans le Tour de France 1947, le plus beau fleuron de mon palmarès. Je le visais depuis la déception que j’avais ressentie après ma non-sélection pour le championnat national de Fontainebleau. Une personne bien renseignée m’avait dit : « Console-toi, tu auras l’occasion de prendre ta revanche lors du championnat du monde qui, je te l’assure, sera créé avant le 4 mars ». Dès lors je n’ai eu qu’une pensée : préparer la course au maillot arc-en-ciel. Mon moral s’est chaque jour renforcé. Je voulais, à tout prix, confondre mes détracteurs. J’ai atteint mon but ; c’est une grande joie pour moi.
Pendant la semaine, une fois ma sélection connue, j’ai usé d’une méthode basée sur le repos. Le mardi j’ai couvert
Au départ, j’étais « mou »
Gêné par un rhume de cerveau, je me suis présenté un peu « mou » au départ. J’étais endormi et, pour me donner un coup de fouet, j’ai avalé un verre de porto. Cela m’a regaillardi. Je n’avais point de tactique bien arrêtée. J’étais seulement décidé à partir vite pour ne pas renouveler l’erreur commise l’an dernier où, au cours du premier tour, je m’étais trop attardé. Je savais bien que l’homme à battre était mon ami Roger Rondeaux. Ayant lâché Pierre Jodet après le premier tour, je me suis aperçu, en me retournant, que Rondeaux revenait sur moi. Je ne me suis donc pas entêté à forcer seul, je l’ai laissé me rejoindre.
J’étais sûr que Rondeaux ne pourrait me lâcher
Roger a misé sur l’attaque et moi sur la défensive. Il savait que pour me vaincre, il lui était indispensable de me lâcher. De mon côté, avec le moral que je m’étais forgé, j’étais certain que Rondeaux ne pourrait me décramponner. J’ai donc calqué ma course sur la sienne. Au sprint, j’étais certain de triompher. Je vous l’assure, je n’ai pas couru pour la galerie. Je cherche toujours à gagner en fournissant un minimum d’efforts car je sais que la saison est encore longue. Je suis toujours resté en dedans de mon action. Au sprint, j’aurais pu attaquer aux
Que 1950 ressemble à 1947 !
A présent, je repense à 1947. Cette année-là, j’avais remporté l’International de cyclo-cross, en mars à Luxembourg, et, en juillet, le Tour de France. Je garde l’espoir que 1950 me sera aussi favorable. Je compte actuellement
Classement :
1. ROBIC Jean (Fra) les
2. RONDEAUX Roger (Fra) à deux longueurs
3. JODET Pierre (Fra) à 1’58’’
4. MEUNIER Georges (Fra) à 2’47’’
5. SFORACCHI Nello (Ita) mt
6. METZGER Martin (Sui)
7. TOÏGO Sergio (Ita)
8. VANDERMEIRSCH Georges (Bel)
9. FANTINI Roland (Sui)
10. JACOBS Eugène (Bel)
11. MICHIELS Louis (Bel)
12. VAN KERREBROEK Firmin (Bel)
13. MEIER Albert (Sui)
14. PINCHI Domenico (Ita)
15. MALABROCCA Luigi (Ita)
16. SCHEER Pitty (Lux)
17. IGEL Jean (Lux)
18. JACOBS Roger (Lux)
19. BOSSELER Fernand (Lux)
20. CZAPALA Boleslav (Pol)
21. WOSIK Christian (Pol)
Abandons :
FRANKOWSKI Antoine (Pol)
BREU Max (Sui)
LUCZAK (Pol)
Classement par nation :
1. France 6 points
2. Italie 26 points
3. Suisse 28 points
4. Belgique 29 points
5. Luxembourg 51 points
Palmarès de Jean Robic en cyclo-cross
1939-1940 (junior)
5e à Clamart
1940-1941
9e à Choisy-le-Roi
1941-1942
4e à Ville d’Avray
4e du Critérium International (Championnat du Monde officieux)
1943-1944
2e de Versailles-Paris (cyclo-cross en ligne)
13e du Championnat de France
1944-1945
Champion de France
1er à Puteaux
1er à Montreuil
1er à Saint-Malo
1er à Fontainebleau
2e du Championnat de Paris
2e de Livry-Gardan
1945-1946
Vainqueur du Cyclo-cross des Nations (Championnat du Monde officieux)
1er à Reuil
1er de la 1ère manche du Championnat de Paris
1er à Saint-Malo
1er à Montreuil
1er à Joinville
2e du Cyclo-cross de
4e du Championnat de France
8e à Pierrefitte
1946-1947
Vainqueur du Critérium International (Championnat du Monde officieux)
1er à Montreuil
1er de
1er du Cyclo-cross de
1947-1948
1er du Cyclo-cross de
1948-1949
1er à Dreux
2e du Critérium International (Championnat du Monde officieux)
4e du Championnat de France
5e du Championnat d’Île de France
1949-1950
Champion du Monde
1er à Montreuil
1er à Onate
1950-1951
6e à Dreux
6e à
1951-1952
2e à Dreux
2e à Cavaillon
4e à Neuilly-Plaisance
4e à Clamart
5e à Beaumont Nointel
5e à Mantes
1952-1953
1er à Plougastel
2e à Montreuil
2e du Championnat d’Île de France
3e à Dijon
5e à Brunoy
5e à Marles-les-Mines
20e à Dreux
Abandon au Championnat du Monde
1953-1954
2e à Saint-Brieuc
2e à Dreux
4e à Caen
5e au Mont-Valérien
1954-1955
2e à Châteauroux
2e à Limoges
3e à Lurbe-Saint-Christau
3e à Combourg
4e à Plougasnou
4e à Saint-Pierre-sur-Dives
5e au Mans
6e à Fursac
1955-1956
2e à Valencay
2e à Limoges
3e au Mans
3e à Vierzon
3e à Mehun-sur-Yèvres
3e à Versailles
4e à Gueret-Fursac
1957-1958
6e à Oléron
9e à Fontenay-aux-Roses
1958-1959
1er à Montaigu
5e à Nantes (25 janvier)
6e à Nantes (21 janvier)
1959-1960
4e à Cesson-Sévigné
4e à Montaigu
6e à Beaune
6e à Bourges
10e à Foecy
1960-1961
1er à Keredon à Brest
2e à Guers
4e à Lalinde
4e à Labatut
5e à Maure de Bretagne
5e à Poitiers
5e à Aubigné-sur-Layon (29 janvier)
6e à Aubigné-sur-Layon (22 janvier)
6e à Saulx-les-Chartreux
6e à Villefranche de Rouergue
7e à Sené
1961-1962
2e à Fontenay-sous-Bois
3e à Roudouallec
3e à Foecy
4e à Montpazier
4e à Orthez
4e à Damblainville-Falaise (dernière course de sa carrière)
6e à Morterolles