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Dans le rétro

      • Mars 1950 : L'ARC-EN-CIEL de Jean Robic

      • C'était le 4 mars 1950, il y a déjà 60 ans... Un Breton de Radenac endossait le maillot arc-en-ciel : Jean Robic, à Vincennes, devenait champion du Monde de cyclo-cross. A cet occasion, sportbreizh.com, grâce à l'excellent dossier préparé par Damien et David Chemillé, rend hommage au plus grand cyclocrossman Breton de tous les temps !
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        Jean Robic, notre Champion du Monde de cyclo-cross ! 

         

        Chaque hiver, les speakers des cyclo-cross bretons se hasardent à faire un peu d’histoire en citant – parfois avec un brin de nostalgie – le nom du plus illustre cyclo-crossman de la région. Chacune de nos célèbres voix garde un champion ou l’autre à l’esprit. Ainsi, le spectateur assidu des « labourés » aura entendu les haut-parleurs citer aussi bien Jean-Michel Richeux, que Patrick Robin, Hilaire Desclos ou encore Guillaume Benoist, voire même Jean-Yves Plaisance ou Cyrille Guimard. Tous auront eu, au cours d’un dimanche de l’hiver, le droit de se voir attribuer le titre de noblesse du « plus grand cyclo-crossman Breton de l’histoire ». On le sait, le temps a le don d’estomper des vérités. Ces champions-là étaient sûrement des cracks, mais leurs palmarès font toutefois pâle figure comparés à celui du plus illustre de nos cyclo-crossmen : Jean Robic.

        Le plus grand cyclo-crossman Breton. Et de loin…

        Le Morbihannais Jean Robic est une légende du cyclisme breton, un héros populaire comme il y en eut peu. Son Tour de France 1947 reste son titre le plus prestigieux. Sa carrière de routier a été si splendide qu’elle a eu pour effet – malheureusement – de jeter dans l’ombre son autre carrière, celle de cyclo-crossman. Jean Robic se hisse au sommet du cyclo-cross mondial en remportant, en 1947, à l’âge de 25 ans, le Critérium International (qu’on ne s’y trompe pas, si l’UCI n’a pas encore donné à cette épreuve le titre officiel de championnat du monde, il s’agit bien d’un mondial comme on l’entend aujourd’hui). Un an auparavant, en 1946, Robic avait déjà gagné le Cyclo-cross des Nations (remplaçant sous-estimé et provisoire de l’International interrompu par la guerre). En 1950, l’UCI décide de donner enfin l’appelation de « Championnat du Monde » à ce qui était depuis 1924 le « Critérium International ». Pour la première fois, un maillot arc-en-ciel est en jeu. Il sera remporté par notre héros Breton, déjà porteur du maillot de Champion de France en 1945.

        Triple « Champion du Monde »

        L’enfant de Radenac, Jean Robic, représente à lui seul trois titres mondiaux chez les élites (1946, 1947 et 1950), même si seul le dernier possède une valeur officielle aux yeux de l’UCI… A noter que les cyclo-crossmen Bretons les plus « oubliés » du XXe siècle, Paul Le Drogo, Georges Peuziat et Joseph Mahé, ont tous les trois pris une médaille de bronze (respectivement en 1928, 1942 et 1964) lors du Mondial des élites-professionnels. Cela relativise d’autant plus les performances réalisées par nombre d’autres Bretons plus connus de nos jours…

        Le « Sven Nys » des années 1945-1950

        Entre 1945 et 1950, avant de laisser place à une autre génération (Roger Rondeaux, puis l’incroyable André Dufraisse…), Jean Robic fut une sorte de « Sven Nys » écumant les victoires dans la région parisienne. Les dominateurs du cyclo-cross étaient Français, le bassin parisien était alors très comparable à ce que sont les Flandres belges d’aujourd’hui. Ainsi, il remporta le cyclo-cross de Montmartre 1947 et 1948 devant… 100.000 spectateurs ! Osez seulement imaginer cela de nos jours… Jean Robic a eu, dans le milieu du cyclo-cross, une aura qu’aucun autre Breton ne peut prétendre avoir possédé. Et cela, on ne peut pas se permettre de l’oublier ! Et quant à ceux qui regardent l’histoire avec un brin d’ironie, qu’ils observent simplement la moyenne réalisée par Jean Robic lors de son titre mondial : 26,965 km/h (performance logiquement comparable au niveau mondial actuel).

        Samedi 4 mars 1950. Championnat du Monde de cyclo-cross à Vincennes.

        Jean Robic revêt l’arc-en-ciel

        Jean Robic, privé du championnat du monde sur route 1949, s’est vengé en inscrivant, le premier, son nom au palmarès naissant des championnats du monde de cyclo-cross. Une fois encore, le Breton, dont la volonté ne fléchit jamais, a triomphé à Vincennes sur ce plateau de Gravelle ouvert à tous les vents. Et pour cette victoire internationale, le président de l’UCI, Achille Joinard, lui a remis un maillot arc-en-ciel envié, le même que porte sur la route Fausto Coppi.

        Pour obtenir cette récompense, « Biquet » n’aura pas eu besoin d’aller loin, le Bois de Vincennes lui a suffit ! Que l’ex-vainqueur du Tour conserve sa quiétude : son titre ne sera contesté par personne. Que ce fussent ses rivaux ou les milliers de spectateurs massés sur le circuit, tous ont reconnu sa supériorité. Ainsi, Roger Rondeaux, son ami et… élève, battu au sprint après une course calquée sur celle du champion nous dit après l’arrivée : « Personne n’aurait lâché Robic aujourd’hui. Et il m’est supérieur au sprint ! ». Roger Rondeaux, néanmoins, méritait des félicitations pour la manière dont il revint sur Robic, au cours de la deuxième boucle (la course en comportait quatre), après qu’une chute lui ait fait perdre 15 secondes. Et 15 secondes, c’est beaucoup en cyclo-cross…

        Déclaration de Jean Robic après sa victoire :

        « Le titre de champion du monde de cyclo-cross est, avec ma victoire dans le Tour de France 1947, le plus beau fleuron de mon palmarès. Je le visais depuis la déception que j’avais ressentie après ma non-sélection pour le championnat national de Fontainebleau. Une personne bien renseignée m’avait dit : « Console-toi, tu auras l’occasion de prendre ta revanche lors du championnat du monde qui, je te l’assure, sera créé avant le 4 mars ». Dès lors je n’ai eu qu’une pensée : préparer la course au maillot arc-en-ciel. Mon moral s’est chaque jour renforcé. Je voulais, à tout prix, confondre mes détracteurs. J’ai atteint mon but ; c’est une grande joie pour moi.

        Pendant la semaine, une fois ma sélection connue, j’ai usé d’une méthode basée sur le repos. Le mardi j’ai couvert 50 km sur le circuit du « Bidon » ; les autres jours je me suis contenté de promenades dans le bois de Clamart, puis de reconnaître deux fois les parcours de Vincennes et de Versailles-Paris.

        Au départ, j’étais « mou »

        Gêné par un rhume de cerveau, je me suis présenté un peu « mou » au départ. J’étais endormi et, pour me donner un coup de fouet, j’ai avalé un verre de porto. Cela m’a regaillardi. Je n’avais point de tactique bien arrêtée. J’étais seulement décidé à partir vite pour ne pas renouveler l’erreur commise l’an dernier où, au cours du premier tour, je m’étais trop attardé. Je savais bien que l’homme à battre était mon ami Roger Rondeaux. Ayant lâché Pierre Jodet après le premier tour, je me suis aperçu, en me retournant, que Rondeaux revenait sur moi. Je ne me suis donc pas entêté à forcer seul, je l’ai laissé me rejoindre.

        J’étais sûr que Rondeaux ne pourrait me lâcher

        Roger a misé sur l’attaque et moi sur la défensive. Il savait que pour me vaincre, il lui était indispensable de me lâcher. De mon côté, avec le moral que je m’étais forgé, j’étais certain que Rondeaux ne pourrait me décramponner. J’ai donc calqué ma course sur la sienne. Au sprint, j’étais certain de triompher. Je vous l’assure, je n’ai pas couru pour la galerie. Je cherche toujours à gagner en fournissant un minimum d’efforts car je sais que la saison est encore longue. Je suis toujours resté en dedans de mon action. Au sprint, j’aurais pu attaquer aux 300 mètres. Mais à quoi cela aurait-il servi ?

        Que 1950 ressemble à 1947 !

        A présent, je repense à 1947. Cette année-là, j’avais remporté l’International de cyclo-cross, en mars à Luxembourg, et, en juillet, le Tour de France. Je garde l’espoir que 1950 me sera aussi favorable. Je compte actuellement 2.000 km d’entraînement. Jeudi, avec Roger Rondeaux et André Brûlé, je partirai pour l’Espagne où, à San Sebastian et à Onate, nous attendent un cyclo-cross, une course de côte et un critérium. D’Espagne, je rentrerai rapidement pour m’aligner au départ des 6 Jours de Paris au Vel d’Hiv. Puis ce sera la route, Critérium National, Mont-Faron, Paris-Roubaix, etc… et, bien entendu, le Tour de France qui reste mon objectif n°1. »

        Classement :

        1. ROBIC Jean (Fra) les 23,250 km en 51’44’’ (26,965 km/h)

        2. RONDEAUX Roger (Fra) à deux longueurs

        3. JODET Pierre (Fra) à 1’58’’

        4. MEUNIER Georges (Fra) à 2’47’’

        5. SFORACCHI Nello (Ita) mt

        6. METZGER Martin (Sui)

        7. TOÏGO Sergio (Ita)

        8. VANDERMEIRSCH Georges (Bel)

        9. FANTINI Roland (Sui)

        10. JACOBS Eugène (Bel)

        11. MICHIELS Louis (Bel)

        12. VAN KERREBROEK Firmin (Bel)

        13. MEIER Albert (Sui)

        14. PINCHI Domenico (Ita)

        15. MALABROCCA Luigi (Ita)

        16. SCHEER Pitty (Lux)

        17. IGEL Jean (Lux)

        18. JACOBS Roger (Lux)

        19. BOSSELER Fernand (Lux)

        20. CZAPALA Boleslav (Pol)

        21. WOSIK Christian (Pol)

         

        Abandons :

        FRANKOWSKI Antoine (Pol)

        BREU Max (Sui)

        LUCZAK (Pol)

         

        Classement par nation :

        1. France 6 points

        2. Italie 26 points

        3. Suisse 28 points

        4. Belgique 29 points

        5. Luxembourg 51 points

        Palmarès de Jean Robic en cyclo-cross

         

         

         

         

         

         

        1939-1940 (junior)

        5e à Clamart

         

        1940-1941

        9e à Choisy-le-Roi

         

        1941-1942

        4e à Ville d’Avray

        4e du Critérium International (Championnat du Monde officieux)

         

        1943-1944

        2e de Versailles-Paris (cyclo-cross en ligne)

        13e du Championnat de France

        1944-1945

        Champion de France

        1er à Puteaux

        1er à Montreuil

        1er à Saint-Malo

        1er à Fontainebleau

        2e du Championnat de Paris

        2e de Livry-Gardan

         

        1945-1946

        Vainqueur du Cyclo-cross des Nations (Championnat du Monde officieux)

        1er à Reuil

        1er de la 1ère manche du Championnat de Paris

        1er à Saint-Malo

        1er à Montreuil

        1er à Joinville

        2e du Cyclo-cross de la Butte de Montmartre

        4e du Championnat de France

        8e à Pierrefitte

         

        1946-1947

        Vainqueur du Critérium International (Championnat du Monde officieux)

        1er à Montreuil

        1er de la Revanche de l’International

        1er du Cyclo-cross de la Butte de Montmartre

         

        1947-1948

        1er du Cyclo-cross de la Butte de Montmartre

         

        1948-1949

        1er à Dreux

        2e du Critérium International (Championnat du Monde officieux)

        4e du Championnat de France

        5e du Championnat d’Île de France

         

        1949-1950

        Champion du Monde

        1er à Montreuil

        1er à Onate

         

        1950-1951

        6e à Dreux

        6e à La Ferté-sous-Juarre

         

        1951-1952

        2e à Dreux

        2e à Cavaillon

        4e à Neuilly-Plaisance

        4e à Clamart

        5e à Beaumont Nointel

        5e à Mantes

         

         

        1952-1953

        1er à Plougastel

        2e à Montreuil

        2e du Championnat d’Île de France

        3e à Dijon

        5e à Brunoy

        5e à Marles-les-Mines

        20e à Dreux

        Abandon au Championnat du Monde

         

        1953-1954

        2e à Saint-Brieuc

        2e à Dreux

        4e à Caen

        5e au Mont-Valérien

         

        1954-1955

        2e à Châteauroux

        2e à Limoges

        3e à Lurbe-Saint-Christau

        3e à Combourg

        4e à Plougasnou

        4e à Saint-Pierre-sur-Dives

        5e au Mans

        6e à Fursac

         

        1955-1956

        2e à Valencay

        2e à Limoges

        3e au Mans

        3e à Vierzon

        3e à Mehun-sur-Yèvres

        3e à Versailles

        4e à Gueret-Fursac

         

        1957-1958

        6e à Oléron

        9e à Fontenay-aux-Roses

         

        1958-1959

        1er à Montaigu

        5e à Nantes (25 janvier)

        6e à Nantes (21 janvier)

         

        1959-1960

        4e à Cesson-Sévigné

        4e à Montaigu

        6e à Beaune

        6e à Bourges

        10e à Foecy

         

        1960-1961

        1er à Keredon à Brest

        2e à Guers

        4e à Lalinde

        4e à Labatut

        5e à Maure de Bretagne

        5e à Poitiers

        5e à Aubigné-sur-Layon (29 janvier)

        6e à Aubigné-sur-Layon (22 janvier)

        6e à Saulx-les-Chartreux

        6e à Villefranche de Rouergue

        7e à Sené

         

        1961-1962

        2e à Fontenay-sous-Bois

        3e à Roudouallec

        3e à Foecy

        4e à Montpazier

        4e à Orthez

        4e à Damblainville-Falaise (dernière course de sa carrière)

        6e à Morterolles