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Dans le rétro

      • 1984, comme au temps des diligences !

      • Sous la belle plume de Daniel Kerh, revivez la toute première édition du TRO BRO LEON, en 1984, avec la victoire de Bruno Chemin le bien nommé !

        Si nous affirmions que la première édition du Tro Bro Leon a croulé sous l’unanimité des louanges, nous manquerions à notre devoir de mémoire. Certes les meilleurs coureurs finistériens étaient présents. Mais parmi les quatre-vingt quatre engagés, rares étaient les étrangers au département. Et, en ce temps-là, l’occupation favorite des dirigeants de clubs voisins dans notre belle contrée était de se quereller en permanence. L’Amicale Cycliste de Milizac, créée sur les décombres d’un cyclisme brestois vieillissant, suscitait bien des jalousies. Roger Magueur, un ancien sprinter de talent, présidait le club. Son frère Guy manageait l’équipe première. Les milizacois s’étaient annoncés dix-sept sur un programme financé généreusement par une marque de spiritueux. L’époque n’était guère sourcilleuse.

        Un dix-huitième se présenta sur la ligne. Bruno Chemin venait de quitter le Circuit des Ardennes, victime d’une crevaison et trop longtemps oublié par les voitures dépanneuses dans le froidure. Le docteur Kerrest, qui n’était alors que le remuant président du léonard Jean-Jacques Lamour, contestera en vain cette inscription tardive. Bruno montera quand même sur la première marche du podium si l’on peut dire. Il s’agissait d’une remorque que le tracteur avait tirée vers la côte finale. C’était un temps que les juniors de maintenant ne peuvent pas connaître.

        Jean-Paul Mellouët avait vécu une rude journée et même une sacrée nuit d’avant la course. Car du crépuscule jusqu’aux premiers frissons de l’aube se déroula le fléchage tardif du circuit. Son frère Albert, dit « Bébert », son cadet d’un an et qui fut un bon cyclo-crossman régional, se démenait au milieu d’une escouade de bénévoles enthousiastes et valeureux, mais tellement inexpérimentés à l’époque.

        Et il y eut à vingt kilomètres de l’arrivée, cette erreur de la voiture ouvreuse offrant un raccourci à Bruno Chemin et à Jean-Jacques Lamour. Erreur des coureurs ou plutôt fatigue des suiveurs, chargés de les guider et éprouvés par les cahots des routes qui brisaient jadis le dos des voyageurs des diligences ? Ils n’avaient plus la force de déchiffrer les indications. C’était du moins l’argument avancé par feu Charles Bloas, le président du club organisateur, l’A.C. Brestoise. Cet incident condamna-t-il le retour du trio lancé à la poursuite des échappées ? Les réclamations de Jean-Louis Conan et d’Eric Vignès furent repoussées par le jury des commissaires. Le troisième larron, Marcel Richeux, coéquipier de Chemin, préféra disparaître fort à propos.

        Le plus accablant pour le créateur de l’épreuve fut sans-doute l’écho d’un correspondant de presse (Yvonnick) que les journalistes, chargés de relire la copie, n’eurent pas le temps d’effacer. « Ce premier Tro Bro Leon n’avait pas grand-chose à envier au Paris-Roubaix qui se déroulait le même jour ». Il est des embrassements qui tuent. Mais Jean-Paul résista à toutes les attaques. Les spectateurs avaient applaudi tout au long de la course. Homme du peuple, il ne retenait que l’adoubement de ses semblables. Il avait déjà repris le bâton de pèlerin. Les spectateurs ne savaient pas jusqu’où il le conduirait. Lui non plus sans doute. Le pressent-il aujourd’hui ? Seuls les médiocres fixent des limites à leur destin !

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