Quels souvenirs conservez-vous de votre succès sur le Ruban 68 ?
''De bons souvenirs comme pour toutes les victoires. Cette année-là, le Ruban Granitier Breton se déroulait sur deux jours, avec deux fois deux demi-étapes. La première était un contre-la-montre par équipes. L'après-midi, la course arrivait au Hinglé, près de Dinan. Yves Ravaleu, coureur prometteur de 21 ans à l'époque, remporta cette demi-étape.
Le lendemain matin, nous faisions Brusvily-Plaintel où nous empruntions sept ou huit fois le circuit des professionnels. Deux coureurs étaient échappés quand je sortis en contre derrière eux. Je me suis retrouvé seul pendant environ 90 kilomètres. Jacky Botherel gagna cette étape. Et le dernier tronçon nous amenait de Plaintel à Perros-Guirrec (ndlr: Ploumanac'h en réalité) avec arrivée sur le circuit des carrières. Il comportait une côte difficile à escalader douze fois. Des primes intéressantes furent attribuées ce jour-là. Marcel Flochlay les visait. J'attaquai avec lui avant de m'en débarrasser dans le final. Et je pus aller au bout. Je gagnai la demi-étape et le classement général devant François Le Bihanl.
Le peloton n'était pas aussi gros que maintenant mais plusieurs têtes d'affiches étaient au rendez-vous comme Louis Coquelin, André Foucher ou Robert Bouloux. Nous étions en première catégorie cette année-là.''
Même si le Ruban n'en était qu'à sa deuxième édition quand vous l'avez remporté, était-ce déjà une course de référence ?
"Oui et elle est devenue de plus en plus importante. Surtout quand les étrangers ont commencé à s'y intéresser dans les années 70. Les premiers vainqueurs étaient des grands noms à l'époque: Marcel Duchemin, Jean-Paul Maho puis les Polonais et les Russes. Ils ont sans doute contribué à la renommée de l'épreuve.
Mais la particularité principale de l'épreuve était que les étapes partaient et arrivaient dans des villes de carrières. D'où le nom de Ruban Granitier.''
Elle était populaire comme d'autres courses en Bretagne. Les conditions de course étaient plus rudimentaires que maintenant. Par exemple, nous ne couchions pas dans des hôtels mais plutôt dans des collèges ou des lycées. Nous avions souvent une salle commune.''
Le Ruban Granitier Breton, devenu depuis le Tour de Bretagne, a t-il conservé certaines traditions selon vous?
''Non, pas vraiment. C'était plus cool autrefois. Je trouve qu'aujourd'hui l'organisation est carrée, stricte. C'est différent.''
Les débuts du Ruban correspondent à la fin de votre carrière. Vous avez gagné la seule édition que vous ayez couru. Auriez-vous aimé la disputer plusieurs fois?''
''Non, pas forcément. J'avais déjà trente-deux ans à ce moment-là et je commençais à m'occuper de mon après-carrière. J'ai créé une affaire à Trébeurden qui est montée en flèche rapidement. Je n'ai pas de regrets. J'avais déjà dix-huit ans de vélo derrière moi. Mes plus belles années étaient passées.
Et puis quand on n'est plus dans le grand bain du professionnalisme, la motivation est moins au rendez-vous. Le système de l'époque n'incitait pas à s'éterniser. Nous n'avions pas de couverture sociale, par exemple.''