Bon sang… La grosse ronce du haut du mur vient de me griffer tout l’avant-bras… Argh ! J’étouffe quelques vulgarités dont nous les hommes avons le secret… Cette ronce vient de vivre ses derniers instants de mauvaise herbe et de parasite de mes chers précieux talus… Bon sang… Il est 16h20, on est début juillet ! Ma femme, visiblement angoissée, m’a demandé quatorze fois si tout allait bien… Mes enfants n’approchent plus… C’est pourtant vrai : leur père, juilletiste squatteur de télé, vient de les autoriser à regarder Gulli en plein après-midi ! La ronce tombe enfin, dans un dernier sursaut se prend dans mon jean avant de terminer sur le tas entre une vieille fougère et une branche de saule pleureur… Je me redresse, m’éponge le front et tente de faire le point… Mais comment, oui comment en suis-je arrivé là…
J’en reviens toujours pas ! J’avais coché cette étape depuis des mois, j’en rêvais presque et me voilà dehors… C’est en quittant La Mongie que j’ai mis le clignotant ! Tout simplement, tout connement… Plus envie… Pas motiv, pas de jambes…
Soyons honnête, déjà, au tout premier jour, entre les yachts à hélico et les Aston-Martin à bimbo, je me disais que ce Tour 2009 ne démarrait pas bien ! Pourtant, j’avais pris sur moi en me qualifiant d’horrible chauvin : Monaco, c’est certain, c’était nettement moins bien que Brest… Plus calme, beaucoup plus flegmatique que St Brieuc… C’était moins populaire, non ? Dans tous les sens du mot populaire d’ailleurs… Avez-vous entendu l’interview de ce pépère perché sur son yacht à des millions de smics ? En gros, ça faisait « Non !? Ces petits gars à vélo vont vraiment faire le Tour de France ? Mais… Mais… Enfin… Noooooooon… Pas dans un pays comme la France, tout de même ? Pas à notre époque… Hoooooo pourvu que ces pôôôôôôvres disposent au moins du confort d’un Hilton à chaque étape ! Et dans les bidons, c’est du Cordon Rouge au moins ? Non ? » Bon, j’exagère un tantinet mais à peine…
Ensuite, il y eut ce retour en France, sur une terre normale où l’on ne croise pas de concessions Ferrari à chaque coin d’avenue, un bled où l’on ne doit pas solliciter de prêt pour s’offrir une baguette chaude, une route où l’on ne dédaigne pas le bob Cochonou et le chupenn Bbox. Pas franchement le panard, ces premières étapes mais toutefois quelques frissons… Super Lance et ses astaniens redébarquaient sur terre et ça allait barder !
Je dois l’admettre, il y eut quelques instants « sympathiques »… La partie de manivelles le nez au vent eut ainsi le don d’éveiller en nous quelques magnifiques souvenirs ! Une bonne vieille bordure ! Comme dans l’temps… Et voilà la moitié du peloton le museau dans les gravillons. Le bouquet de Thomas Voeckler ? Une belle surprise de début de Tour… C’est pas joli joli à avouer mais les chutes entre Perpignan et Barcelone nous tinrent aussi en éveil… Tout comme d’ailleurs cette belle attaque de Christophe Le Mével après les Ramblas…
Les belles histoires de Tonton Bruynel et de sa famille trop nombreuse nous rappelèrent aussi l’ère Tapie ! Comme dans un film… Nanard débarquant sur le Tour avec son borsalino et sa traction noire pour régler ses affaires avec Greg et le blaireau… C’est qui l’patron ? Sauf qu’ici et maintenant, on a assurément l’impression que le boss n’est pas dans la voiture et que l’oreillette fonctionne à l’envers, avec un fort accent texan !
Arriva ensuite cette étape vers le paradis du shopping ! La victoire d’un français, là encore, nous permit de patienter quelques heures… Sympa, le petit frère… Un bon bol d’air ! Mais, le lendemain, on allait voir ce qu’on allait voir ! Le Tourmalet… Un nom qui vous glace le sang et les mollets ! "C'est un pic, c'est un cap, que dis-je : un cap ?" C'est une odyssée !
Bon ben, rien… Nada !
Le soir, belle consolation, devant un petit verre de Cabernet d’Anjou, un ami m’apprit la victoire de Pierrick Fédrigo et me raconta la folle joie de Jean-René… Mais c’était trop tard… Ce jour-là, à 4500m du sommet, j’avais renoncé… Basta ! J’avais sorti la faucille et la tondeuse, y’a du boulot au jardin ! Je n’en veux pas à ceux qui découvrent le Tour, je n’en veux pas à tous ces coureurs qui rêvent « juste » d’en finir sur les Champs avec le fabuleux sentiment du devoir et du bon boulot accomplis… Rien n’ont plus contre les magnifiques chasseurs d’étapes… J’ai le plus grand respect pour ceux que l’on appelle trop souvent – ça ne vous énerve pas, vous ? – nos petits français ! Mais à l’inverse, je ne déchiffre toujours pas ces leaders qui ne tentent rien ! Personne ne s’est risqué à mesurer le réel degré de forme du cow-boy… Personne n’a planté une petite banderille riquiqui en se disant qu’après tout, ça ne ferait pas de mal… Rien… Pas la moindre esquisse de combat des chefs !
Gugu la main verte qu’il m’a appelé aujourd’hui ce crétin de voisin supporter du PSG ! Point final ? Kenavo le vélo ?
Bon… Aujourd’hui, 14 juillet, je dois vous avouer que j’ai craqué… Virés les gamins, Gulli c’est fini, oubliée la tondeuse… J’étais devant l’écran vers 14h ! Et ça démarrait plutôt bien cette étape : un breton dans l’échappée ! Et puis plus rien…
Croyez-moi… Quand, dans le Tour de France, seules les images hélicos au dessus d’un château paumé au milieu de nulle-part en Creuse vous interpellent, quand les commentaires de Paulo de Concarneau deviennent bien plus intéressants que la course, faites comme moi, crachez-vous dans les mains et finissez de nettoyer le talus et le grand parterre du haut ! Et je suis certain que le père Fignon, aujourd’hui, il m’aurait bien donné un coup d’main pour le finir ce p….n d’talus !
Vous voyez, je ne vous parle même pas des oreillettes ! Je réagis comme Benoît Vaugrenard à l’arrivée… Abasourdi ! Le vélo irait donc si bien pour que l’on puisse ainsi le mettre en danger ?
Bon… C’est pas l’tout… Demain, je m’attaque au nettoyage du potager et je sors ensuite la vieille charrue pendant quatre jours : là au moins, ça va secouer !
Gurvan Musset
PS : si tout est « nickel » dans le jardin, je virerai peut-être la marmaille du canapé pour l’étape du Ventoux… On ne sait jamais…