Autant vous le dire clairement, au risque de vous choquer un poil… Cette période des mutations m’emm…… au plus haut point. Tout d’abord car elle me place face à un cruel dilemme ! D’un côté, je suis très content de pouvoir vous annoncer départs et arrivées sur ce site… Etre le premier à sortir l’info, pour un journaliste digne de ce nom, c’est une sorte de challenge qui ne manque pas de piment ! Mais de l’autre, finalement, je m’en veux aussi d’entrer dans ce petit jeu annuel et, finalement, de le cautionner.
BF3 d’entraîneur en poche, je m’étais laissé prendre au jeu de la formation : sous l’amicale pression d’un président de club, j’avais donc accepté la charge de l’entraînement des jeunes pousses d’une petite structure du Finistère... Au grand dam d’une nouvelle amie qui reluquait d’un mauvais œil cette concurrente, sorte de maîtresse aux allures de petite reine. Le samedi, nous encadrions l’école de vélo avant de sortir minimes, cadets et juniors. Au fil de la saison, les échappées se multipliaient et, fort logiquement, coureurs et éducateurs se liaient. Coups de fil aux malades, rédaction des plans d’entraînement, trajets en commun pour « alléger » les parents, dépannages du matériel défaillant, Champagne de temps à autres… L’éducateur est une sorte de directeur sportif sans limite… et sans salaire !
Et, après quelques bouquets joliment fêtés, après quelques stages difficilement organisés, après – pour les plus chanceux ! - un ou deux déplacements hors comité au volant de la 505 centenaire ou presque, l’automne revenait. Le coureur reprenait le chemin de l’école et l’éducateur soufflait un temps, pour la plus grande joie de sa douce ! Mais, répit de courte durée, c’était aussi l’époque de cruelles désillusions… Au détour d’un circuit de cyclo-cross ou via un message laconique abandonné sur un répondeur, on apprenait que l’un des protégés quittait le navire !
Convaincu par un dirigeant sans scrupule du tout aussi petit club voisin, le jeune coureur cédait à la tentation… Pour quelques clopinettes dorées, pour un maillot d’une autre couleur, Pour deux bidons au lieu d’un, pour la promesse d’une paire de roues, pour 10 francs en plus sur d’hypothétiques primes de victoire, le jeune s’envolait vers d’autres cieux ! Trahison…
Je n’ai pas honte de l’avouer… Moi aussi, par dépit, j’ai plongé dans le trafic de porteurs de dossard ! Par un sombre soir de novembre, j’avais ainsi pris la route de la région quimpéroise dans le but avoué de convaincre deux jeunes espoirs de rejoindre notre équipe junior par trop légère. Avec les coureurs et leur père, je pensais causer de plan d’entraînement, de visites médicales, de matériel dernier cri, de déplacements au vélodrome… Nada ! Rien ! Netra tout ! Le plus jeune voulait trois cuissards, l’aîné évoquait sans arrêt les primes de victoire… Quant au père, il réclamait déjà la voiture du club pour descendre dans les Pyrénées ! Première et dernière expérience de ce type… L’air con et la vue basse, j’ai ramassé mes bouquins et les grandes théories à la Koechli pour remonter dans ma deuche.
Depuis, je dois le dire, je plains tous ces petits clubs qui, au fil des jours qui viennent, vont perdre leurs espoirs… Au propre et au figuré… Je ne suis pas contre les mutations : si elles contribuent du développement du coureur, elles sont bénéfiques et merveilleuses… Mais est-ce vraiment toujours le cas ?
Gurvan Musset
PS : Quant à mes deux champions du sud Finistère, ils ont vraiment brillé en nocturne dans certaines boites de la région ! Par contre, dans les pelotons…