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Les billets de la rédaction

      • Billet du
      • 22/02/2010
      • Putain d’camion !

          • Je suis comme Warren Barguil qui rendait hommage ce dimanche à Nicolas Vaillant… Je ne connaissais pas le coureur mais tout comme notre champion de France, je n’arrête pas de penser à ce jeune homme qui vient de nous quitter. A une époque où l’on rêve de bouquets, où l’on espère les podiums, où l’on a la « banane » des grands jours et le moral à la hauteur de ses ambitions, l’un des nôtres a été victime de la route, de sa passion.

            Nous avons tous connu des gamelles, des chutes à l’entraînement ou en course ! Du vernis, nous en avons laissé sur les circuits… Mais cette fois, ce coureur Nantais a laissé sur cette route bien plus que du vernis ! Et cet accident tragique nous chamboule tous et entraîne son lot de questionnements. Je m’explique…

            A Noël dernier, tout comme des milliers de papa, j’ai craqué pour un p’tit vélo de course qui semblait m’attendre dans la vitrine. Je n’oublierai jamais ni les yeux de la maman courroucé ni –surtout- ceux de mon apprenti cycliste quand il découvrit sa machine avec –je cite- « vachement pleins de vitesses ! » Aujourd’hui, n’ai pas honte de l’avouer, je ne sais plus si je dois lancer mon garçon sur la route en tenue de cycliste. Certes, nos écoles de vélo préparent au mieux nos petits champions… Certes les jeunes peuvent compter sur des éducateurs compétents… C’est certain… Mais cela suffit-il vraiment à affronter une route de plus en plus dangereuse et fréquentée ?

            J’avais déserté les routes et, l’an dernier, suite à quelques paris immédiatement regrettés, j’ai ressorti un cuissard et un maillot soudain trop petits. Première sortie : un grand-père grille un stop et manque de me précipiter dans la rivière; même pas un regard, même pas un mot. Seconde sortie en compagnie d’un ami : une jeune femme nous double et heurte le coude de mon compagnon d’entraînement ; pas question de s’arrêter pour voir si tout va bien ! Troisième sortie avec mon fils : un gros con –désolé, mais cette fois, je ne vois pas d’autres mots…- klaxonne et, index levé, balance un joli lot d’insultes devant un gamin de 7 ans. Je n’en doute pas un instant, nous pourrions tous noircir des pages et des pages avec ce genre de mésaventures. Le problème, c’est qu’elles ont tendance à se multiplier. Dans une société où le temps semble de plus en plus compté, où la densité de circulation ne cesse de s’accroître, les cyclistes se baladant sur la route font figure d’épouvantails indésirables, de véritables obstacles inacceptables. Poussez-vous que j’passe !

            Que faire ? Prier et se résigner en regardant ses enfants partir à l’entraînement ? Aggraver son ulcère et attendre le retour du cycliste en croisant les doigts ? Personnellement, c’est non ! A l’heure où la FFC ambitionne une très forte progression du nombre de ses licenciés, voilà un chantier essentiel : communiquer, persuader les utilisateurs de nos routes qu’ils ne sont pas seuls, favoriser la cohabitation entre usagers motorisés ou non. Je ne vais me faire que des amis mais je crois sincèrement que l’équipement de chaque cycliste d’un gilet fluo n’est qu’un pis-aller. Certes, ce type d’équipement, tout comme d’ailleurs le casque, sauvera certainement des vies et il convient de l’utiliser… Bien évidemment ! Mais ne pensez-vous pas que nous sommes bien là dans le domaine du pansement sur jambe de bois. Il faut voir beaucoup plus grand !

            En cette période électorale, interpellons nos élus et les différents pouvoirs publics pour qu’ils agissent et s’impliquent d’avantage. Ne l’oublions-pas, notre communauté possède à n’en pas douter un poids non-négligeable et nous devons l’utiliser et le faire valoir dans nos communes, nos cantons et nos régions ! Dans certains pays, chaque route qui se construit est automatiquement dotée d’une piste cyclable protégée. La France doit absolument refaire son retard dans ce domaine. Imaginez… Un nouveau tronçon de voie express équipé d’une piste cyclable de cinq, dix ou même vingt kilomètres : quel pied ! Le refuge idéal pour nos pelotons de minimes ou de cadets. En attendant ces mises en place, ne pourrions-nous pas imaginer la création d’une signalisation adaptée voire même l’instauration de limitations de vitesse sur certains voies traditionnellement fréquentés par les vélos ? Ces axes protégés pourraient accueillir les pratiquants, qu’ils soient compétiteurs ou simples promeneurs.

            Mais le plus difficile, le plus important mais aussi sans-doute le plus payant, c’est l’éducation ! Apprenons à nos cyclistes qu’ils ne sont pas les invulnérables rois de la route. Apprenons aux automobilistes qu’ils ne perdent qu’une petite poignée de secondes en patientant derrière un peloton qui se range pour lui ouvrir le passage… Favorisons cette cohabitation car il y va incontestablement de l’avenir de notre sport. Dans le pays du Tour de France, sur les terres de Bobet, Hinault, Anquetil et Poulidor, je rêve de présidents de fédérations qui oseraient se lancer dans un véritable bras de fer avec le gouvernement pour qu’enfin on entende notre voix. Aujourd’hui en France, il semble bien plus simple d’obtenir un rectangle de gazon équipé de deux buts plutôt que de décrocher dans sa commune la mise en place de voies réservées aux vélos et utilisables par tous.

            Mais je m’emballe, je m’emballe… Allez, on se calme, retour sur terre…

            Avant qu’un dispositif légal n’oblige les collectivités locales à construire des voies cyclables, nombreux seront les accidents plus ou moins graves. Pourtant, en cette période d’intense réflexion sur notre environnement et notre développement durable, favoriser la pratique du vélo ne semble pas totalement saugrenu, non ? Pourtant, dans une région touristique comme la Bretagne, s’équiper de voies réservées aux piétons et aux cyclistes constitue un atout supplémentaire, non ?

            Bon… C’est bien beau mais tout ça ne résout pas mon problème… Dans quatre ou cinq ans, le p’tit voudra partir à l’entraînement avec ses potes du club… Et il y aura encore plus de voitures et de camions sur les routes. Il me reste donc quelques années pour, au choix, le persuader …

            … que le foot est un sport génial,
            … que le BMX est bien plus fun que la route,
            … que la piste, ça se pratique au chaud ou sous le soleil.

            Ce soir, sans préjuger des circonstances de l’accident et des responsabilités éventuelles, nous pensons très fort à Nicolas, à sa famille et à tous ses camarades.


            Gurvan Musset