ContactPlan du site
      • Bandeau master2011bis.jpg

Les billets de la rédaction

      • Billet du
      • 12/05/2010
      • Perdre pour ne pas gagner ?

            • Ces quelques lignes pourraient être un prolongement du coup de gueule de Pierre-Henri Menthéour, il y a quelques semaines. Du moins, elles y feront écho. Pour rappel, PHM s'indignait après une bordure à l'envers observée sur les Boucles Guégonnaises. Plus globalement, il dénonçait la perte d'un certain sens de course chez plusieurs jeunes amateurs.

              Ses propos me sont revenus à l'esprit ces derniers jours. Deux fois même. Alors, je n'ai pas, à mon tour, constaté une quelconque absurdité tactique en course. Ce sont plutôt des propos de coureurs qui m'ont amené à faire le lien.

              Premièrement, Franck Bouyer sur le Tour de Bretagne. Le vainqueur 2010, et d'ailleurs nous avions relayé son discours emprunt d'inquiétude et de lassitude, s'était montré critique après l'étape d'Iffendic. La prise de pouvoir ce jour-là ne lui suffisait pas? Si, si. Le problème n'était (ou n'est) pas là. Bouyer exprimait un certain ras-le-bol à l'égard de certains jeunes coureurs coupables, selon lui, de vouloir faire perdre les autres plutôt que de défendre leurs propres intêrets. Il en avait, en tout cas, la désagréable sensation. Le coureur Bbox s'expliquait ainsi le désordre régnant dans son groupe de tête ce jour-là. Concrètement, une catégorie de coureurs choisissait de ne pas prendre les relais, de se cacher dans les roues. Et cela, bien sûr, au détriment de l'écart en faveur de l'échappée. Bien qu'on ait du mal à le croire, ils préfèrent flinguer un bon coup plutôt que défendre leurs propres intérêts. Un peu comme Stijn Devolder il y a quelques années dans le dernier kilomètre de Paris-Tours. Le Flamand n'avait pas relayé Philippe Gilbert, ne voulant surtout pas voir s'imposer un ennemi Wallon (Gilbert était nettement plus rapide au sprint). Le sprint massif avait paradoxalement arrangé Devolder ce jour-là.

              Deuxièmement, Marc Staelen sur l'Essor Breton. Ce coureur de 29 ans du club de Blois possède un point commun avec Bouyer. Tous deux ont connu un ''trou'' dans leur carrière. Bouyer devait trouver un remède autorisé par l'UCI pour combattre sa narcolepsie. Staelen, lui, a stoppé par choix. Non conservé chez Agritubel en 2005 après une blessure de deux mois, il a ressenti un certain ras-le-bol du milieu vélo et s'est lancé dans le métier d'éducateur.

              Staelen a repris la compèt' l'an passé et, lui aussi, constate des choses qui ne vont pas. « Je ne reconnais plus les courses », lâcha-t-il après une étape. Il ne rejoint pas Franck Bouyer sur l'idée du « n'importe qui sauf lui » et parle plutôt d'un manque de responsabilités chez certains coureurs. Sans vouloir les stigmatiser, force est de reconnaître qu'il désignait lui aussi, sans les nommer, « des jeunes coureurs ». Marc Staelen était tout simplement abasourdi de voir des hommes de tête littéralement s'écarter au moment où leur relais arrivait. Il arrive que des équipiers défendent les intérêts de leur leader mais dans le cas en question, les gars n'avaient aucune raison de faire capoter l'affaire. Au contraire, le peloton était sur leurs talons et il était temps d'embrayer.

              Difficile de désigner un ou des responsable(s). Les entraîneurs ? Les directeurs sportifs ? L'absence d'oreillettes (elle commence à avoir bon dos)? En tout cas, une question me taraude : à quoi cela sert-il de pratiquer le cyclisme si l'on ne cherche pas à gagner ?

              Ronan Strullu