Oui bon, je sais ! Vous êtes une bonne dizaine à m’avoir fait remarquer qu’en cette période de Tour de France, je demeurais étrangement calme et silencieux. Je vous avoue qu’en bon centre-breton, j’avais comme d’habitude décroché du Tour de France pour rejoindre Carhaix et les Vieilles Charrues. Et à mon retour du pèlerinage à Ste Fiesta, une fois dissipées les dernières vapeurs de la « riboul du Kreiz Breizh », j’ai découvert l’atrocité insoutenable des événements qui s’étaient déroulés sur le Tour de France en mon absence. Horreur glauque, je n’en reviens pas…
Mazette, ça sent la guerre mondiale ! Le Luxembourg doit réagir, relever le gant et demander réparation aux fiers Ibères. Pensez donc… Schleck 2 place une attaque et connaît à cet instant un pépin mécanique. El Contador passa et attaqua même à cet instant ! Les larmes me montent aux yeux… Insoutenable !
Oui, carrément insoutenables, tous ces commentaires et tous ces sifflets… Allez, posons nous quelques instants et méditons, tentons même de replacer cette scène dans d’autres contextes.
Michel Desjoyeaux est en tête du Vendée-Globe depuis déjà deux semaines. A cet instant, son poursuivant le plus proche démâte. Mich’ Desj’ lève le pied, déplore la casse, fait des ronds dans l’eau et attend que, trois semaines plus tard, le monocoque concurrent puisse repartir…
Sébastien Loeb démarre sa journée en dégustant des pâtes et des toats. Patatra, la pâte à tartiner datait un peu et notre champion du Monde des Rallyes ne va pas au bout de sa première spéciale. Loeb termine accroupi dans un fossé en maudissant Ginette Nutella et sa célèbre recette. Pendant cet arrêt, les autres pilotent stoppent et tapent le carton sous la tonnelle ombragée d'un PMU accueillant.
Finale des championnats du Monde d’athlétisme : comme à son habitude, Usain Bolt domine la spécialité et s’apprête à conquérir un nouveau titre… Mais soudain le Jamaïcain dérape dans son couloir et chute à seulement 24 cm de la ligne. Ouf, ses concurrents parviennent à stopper leur course avant la ligne : l’honneur est sauf ! Et la finale sera recourue.
Bon sang… Mais le cyclisme ne serait-il pas également un sport mécanique ? Des constructeurs et des équipementiers s’échinent à longueur d’année à inventer, à alléger ou encore à améliorer les machines de nos champions. Donc, à ce titre, la casse, la défaillance ou la mauvaise maîtrise du matériel font partie de la course. Et il faut l’admettre !
Réagissons face à l’oie blanche choquée par l’attaque de Contador, face à certains journalistes qui ne viennent au vélo qu’une fois par an en juillet et en short. De bidons remplis de plomb aux attaques dans la neige Wallone, l’histoire du vélo est faite de coups de Jarnac somptueux ! Le public doit comprendre qu’un Tour de France est une gigantesque bataille et que, mis à part les coups de tête d’avant sprint –presque- tous les coups y sont permis. Mais où va-t-on ? Même si nous n’avons pas boudé notre plaisir dans ce splendide Tour 2010, il convient tout de même de pointer du doigt quelques comportements pour le moins étranges.
Quand il pleut, on ralentit… Quand on chute dans un virage, on lève le pied… Quand la route tourne, on n’attaque pas… Ils sont bien sympas Fabian Cancellara et Jean-François Pecheux mais si c’est cela le cyclisme moderne, on ne va pas rigoler tous les jours ! Imaginons les commentaires du petit-fils de Thierry Adam sur le direct du Tour 2059…
« Désolé mais l’étape du jour a été neutralisée… Dans l’un des virages de la descente du Tourmalet, la température avait en effet chuté sous les 12 degrés réglementaires…
Ce jour, les adversaires du maillot jaune ne se sont finalement pas jetés dans la bataille. En effet, la belle-sœur du leader a mis un petit Eddy au monde la nuit dernière…
Classée parmi les régions où il pleut bien trop souvent, la Bretagne n’avait pas accueilli le Tour depuis 2011. Par chance, cette année, les routes sont restées sèches…
Le sprint de cette 15e étape a finalement été annulé… L’un des véhicules de la caravane ayant diffusé au km29 un morceau de Patrick Juvet… »
Bon je sais, j’exagère un peu… Quoique…
Ma conclusion, au delà de ces quelques lignes volontairement délirantes ? Elle est toute simple… Si Schleck perd le Tour de France sur ce seul coup du sort, admettez qu’il ne mérite pas d’inscrire son nom au palmarès de la plus belle des courses.