Notre super-production démarre par un flash-back… Le dimanche soir, nous rentrions de course avec notre chauffeur respectif. De sa fenêtre, la mère poussait le rideau de la cuisine, observait la lunette arrière de la voiture et, selon, préparait un vase ou s’éclipsait, histoire d’éviter de croiser la mauvaise humeur de ses rejetons. La question de l’aîné à son jeune frère était toujours la même… « Alors ? » Et la réponse, presque toujours identique au fil de la saison, tenait elle aussi en un mot et fusait : « Vilchez »… Tout était dit ! Rideau, bonsoir et à dimanche…
Vilchez et le VC Coatserho…Voilà nos bêtes noires de l’époque… Si le VC Coatserho a hélas décliné, Vilchez, lui, se porte comme un charme ! Pour sa première course, du côté de Concarneau, le jeune Jésus devait accomplir une bonne vingtaine de kilomètres. Ce jour-là, Vilchez s’en alla sous les regards moqueurs de quelques parents qui se voulaient bien avisés et secouaient la tête en ironisant. Une ½ heure plus tard, il mettait un tour au peloton et au bord de leur talus, les directeurs sportifs du dimanche avaient bien du mal à avaler la pilule ! Et déjà à l’époque, je vous promets que c’est vrai – nous y étions ! – certains ne croyaient pas à une victoire « naturelle »… En minime…
Retour en 2009… La distribution des bouquets et des maillots, sur le podium de Melrand constitua un drôle de moment… Dans ce creuset posé au milieu des champs, nous avons vécu l’un des ces instants où les sentiments et les émotions pointent, transparaissent avant d’éclater au grand jour… Parfois avec violence ! Comme dans un film ; une véritable « Commedia dell arte »… On rit, on sanglote, on braille, on s’interpelle, on flatte ou on invective… C’est une certitude, un doux euphémisme, la victoire de Vilchez n’a pas plu à tout le monde…
Casting de cette ligne d’arrivée…
Premier personnage dans cette large galerie de portrait, l’éducateur qui souhaite d’abord le bien de notre cyclisme. Il aurait préféré la victoire d’une jeune pousse… Pas celle d’un vieux briscard de 35 piges ! Ce témoin est finalement sympa et tout à fait estimable.
Second interprète, le marchand de doutes : pour lui, les séjours prolongés de Vilchez en Espagne n’ont rien à voir avec la familia ! Il franchit les Pyrénées pour pouvoir se refaire une santé positive avant de revenir manger le pain des Bretons… Un point, c’est tout !
Troisième protagoniste, le technicien soi-disant avisé ! Pour cet averti Docteur ès cyclisme, l’Espagnol Breton, il n’en « fout pas une ramée » ! Les p’tits jeunes adversaires font tout le boulot, Vilchez suit, double et gagne… Et toc !
Avec le 4ème individu, nous passons de l’autre côté de la barrière… L’âge du Capitaine Salva et les suspicions, il n’en a que faire ! Il est venu pour voir une course et de la bagarre. Le reste, rien à faire ! Point final…
Notre acteur suivant, lui, est franchement fan ! Il n’en revient pas et ne masque pas son admiration : comment un coureur isolé de la sorte peut-il ainsi « dérouiller » les grosses écuries ? Il admire le travailleur inlassable et robuste qui aligne les heures de selle et les bornes… Il loue l’expérience et le sens de la course !
Ho ! A la réflexion, j’ai peut-être oublié le rôle principal… Ou plutôt, au bord de nos circuits ou au café du commerce, le personnage le plus fréquent et qui constitue la grande masse des amateurs de cyclisme ! Tous ces figurants aiment le vélo, admirent et respectent les champions… Humanistes des circuits, ils encensent l’homme, son labeur et ses efforts ; en bons légalistes, ils célèbrent les règles ! Toutes les règles fondamentales et constitutives de notre belle société… Et à ce titre, ils respectent donc la présomption d’innocence.
Voilà le casting ! Un rôle vous intéresse ? Où vous situez-vous finalement ?