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Un été cycliste en Bretagne
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          • Fañch Milterre
          • Fañch Milterre
          • Le 09/03/2018
          • Il a montré sa roue arrière à Bobet !

          • Il a montré sa roue arrière à Bobet !
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            Personne ne se souvient de Gaston Jacquenet qui, le 16 mars 1919, coupait en vainqueur la ligne d’arrivée du « Dunlop ».  L’acte de naissance de cette nouvelle épreuve, réservée aux cyclistes parisiens jusqu’en 1923, était ainsi déposé. C’est à partir de 1928 que, soucieuse de favoriser les jeunes talents sur bitume, les responsables de la Société de pneumatiques Dunlop, instigateurs de la course,  fixent à 18 ans la limite d’âge des participants. Tout naturellement cette compétition servira officiellement de support au championnat de France des débutants en 1952. Je ne garde aucun souvenir du premier tricolore, un certain Jacques Olivier. Bonne « Question pour un champion » ! 

            Le « grand fusil » reste le plus célèbre des pionniers du « Pas », gravant à son nom de ville - Raphaël Géminiani - le trophée de l’édition courue le jeudi 3 juin 1943, jour férié de l’Ascension. Il me confiait avoir gardé un souvenir ému de cette victoire, qu’il classe au rang des plus belles de sa riche carrière. 

            « Tu sais petit, c’est une des rares fois où j’ai montré ma roue arrière à Bobet. Nous avions 18 ans tous les deux. Débarqués de notre province, sans aucune expérience, nous étions tous les deux, je crois, insouciants, sûrs de nos capacités physiques. C’était sur le circuit de Montluçon. Après, le père Louison a souvent pris sa revanche. » 

            Facétieux comme jamais, le regard perçant, de sa voix de conteur-né, puissante et rocailleuse, il rajoutera :

            « Mais pour moi, c’est la première qui compte ! »

            Louison terminait 6ème. Le boulanger de Saint Méen-le-Grand s’ouvrait la route d’un destin cycliste internationale retentissant. Lui, qui nous a définitivement légués son album de souvenirs sépia et d’exploits au-delà de la souffrance, le 12 mars 1983. Gem, lui,  aura 93 ans le 12 juin. Il est toujours là, bien vivant, imposant au bout de sa table de cuisine, le verbe haut et le doigt pointé vers le ciel, tel un roc enraciné dans son auvergne natale. 

            Les bretons auront pris le temps de la reconnaissance des parcours avant d’installer l’un des leurs sur la plus haute marche. Il faut croire que cultiver la patience est source de sûreté et de longévité. Dans cette quête du coup de maître,  qui d’autre qu’un seigneur en puissance pouvait relever le défi ? Et pour sûr, souverain,, l l’était déjà un peu en 1972, à 17 ans et demi, ce jeudi matin 11 mai. Nous retiendrons que son ascension autant vertigineuse que fulgurante aura débuté à l’Ascension, la bien nommée, du côté d’Arras, « chef-lieu du Pas-de-Calais » comme le répète à l’envie la rengaine d’une vieille chanson popularisée par Fernandel. 

            Un quasi-inconnu, sauf autour de Saint-Brieuc, du nom de Bernard Hinault, licencié au CO Briochin, dossard n°10, plantera le « Gwenn ha du » avec un à-propos  déconcertant après 120 km de course. Sur sur un relief accidenté. 62 km en sortie de groupe pour se dégourdir les mollets, puis 58 km  -attaque décisive dans la côte de Pas en Artois- en solitaire, histoire de bien faire savoir qui il allait devenir. Cette année-là, la terreur des jeunes pousses était un Dauphinois dont la réputation avait franchi les frontières de son comité. Il s’appelait Bernard Vallet. Il sera par la suite un équipier estimé du junior en socquettes de tennis blanches à bandes horizontales,  cheveux longs ébouriffés au vent. Le jeunot fit sensation et marqua les suiveurs du 49ème « Premier Pas Dunlop » en recherche de pépites.   

            Majesté de la saga, ce 49ème « Premier» sera officiellement le dernier des « Pas Dunlop ». Il sera donc revenu au plus grand palmarès breton de tous les temps de refermer ce grand livre d’aventures. Et avec quelle maestria dans cette époque de cyclisme-champagne ! La plus importante initiative de détection de jeunes talents à nos jours avait vécu. Aucune épreuve de sélection depuis, n’a jamais égalée ces cuvées originelles, nous donnant parfois à découvrir de grands crus. Elles me  laissent  en mémoire des odeurs de camphre et de gaufres, de maillots et de cuissards mal ajustés, de flonflons, de robes endimanchées, de baraques à frites et de podiums champêtres. De vainqueurs souvent éphémères et de futurs barons du cyclisme hexagonal.

            A l’époque, étudiant et passionné de journalisme sportif, de vélo en particulier, je me rappelle parfaitement de mes lectures matinales du lendemain 12 mai 1972. Le journal « l’Equipe » relatait la performance du jeune prodige en ces termes : « Son succès remporté hier matin à Arras devant les meilleurs espoirs de tous les comités de France l’autorise à envisager la suite de sa carrière avec optimisme. Il a en effet une certaine classe et une belle confiance en soi pour s’échapper seul comme il le fit à mi-course ». Même le journal « Le Monde » s’intéressait au phénomène en titrant un article dédié : « Bernard Hinault ou la foi du débutant ».    

            Juillet pointait déjà le bout du nez. On espérait le combat des géants sur la route du Tour. L’Espagnol de Mont-de-Marsan, El matador Luis Ocana, et le cannibale belge, Eddy Merckx, étaient les deux têtes d’affiche. Le premier venait de gagner le « Dauphiné ». Le second avait en poche les trois précédents Tours de France. Le vaillant torero sortira de l’arène lors de la 15ème étape, laissant l’ogre à son appétit féroce, près de 11’ devant son dauphin Felice Gimondi. Quelque part en Bretagne un petit cador répétait ses gammes. Il deviendra le « Blaireau » redouté des plus grands.    

             

            Fañch Milterre

             

             

            Illustration: DR

             

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