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Sportbreizh - Le site du vélo en Bretagne - Tout le cyclisme et le cyclotourisme en Bretagne

 

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L'heure est venue !

Gurvan MUSSET

L'heure est venue !

Mouchoir dans la poche, je rentre à l'instant du match de Ligue 1 à Brest avec une défaite et un gros rhume ! La rencontre ne restera certainement pas dans les annales du foot français. J'ai donc (hélas) eu le temps d'observer attentivement en coulisses que le football de haut niveau se démène pour survivre en ces temps de crise sanitaire. Les efforts sont conséquents et même spectaculaires pour canaliser, écarter, protéger et, au final, pour pouvoir jouer. Ce dimanche, nous étions 4800 supporters masqués dans le stade. Et fatalement, pendant le match, je me posais LA question toute bête: pourquoi autorise-t-on cette rencontre alors que, dans le même temps, on annule des courses de vélo qui réunissent beaucoup moins de gens ? Pourtant, nous avons prouvé dès juin que nous sommes capables d'imposer sur nos épreuves des protocoles sanitaires des plus lourds. Nous, fans de vélo et acteurs du monde du cyclisme, ne serions-nous pas assez unis, costauds, balèzes pour nous faire entendre ?

Cette saison 2020 se termine dans la douleur après de longs mois d'incertitude, de doutes et souvent, de renoncements. Penser que nous retrouverons une saison normale en 2021 est hélas une grossière erreur. Il est clair que nous allons revivre l'an prochain ce que nous avons connu en 2020. Et cela ne va pas faire de bien à notre sport. Plus que jamais, les dirigeants de notre cyclisme vont devoir soutenir leur base. Si les organisateurs de courses ne sont pas portés, placés au centre des projets, nous allons dans le mur !

Le pire est-il devant nous ?

Ceux qui se déplacent sur les circuits, qui échangent avec les autres spectateurs, avec les acteurs du vélo ont déjà compris que l'hiver va être long. Très long ! Nous parviennent déjà aux oreilles des rumeurs qui font état d'annulations en début de saison prochaine. Des comités d'organisation décident déjà de ne pas y aller, de limiter la casse en jetant l'éponge dès maintenant. La crise sanitaire va être le déclencheur de bien des renoncements...  Un Président vieillissant, des bénévoles à bout de souffle et souvent âgés ? Parions que de nombreuses courses ne figureront pas au calendrier 2021. Quant aux comités d'animation qui aiment le vélo mais sans plus, ils seront nombreux à orienter différemment leurs actions. 

La magie des courses

A la base de notre cyclisme, n'oublions jamais qu'il y a le spectacle ! La grande majorité des jeunes coureurs ont choisi le vélo car ils ont vu une course à la télé ou parce qu'ils ont assisté à une compétition devant chez eux, dans leur bourg. Et la magie a opéré ! Dieu merci, les maillots font toujours rêver; tout comme les véhicules des équipes, les superbes vélos, l'ambiance de fête au village, les sprints devant un podium et deux rangs de spectateurs. N'en déplaise à certains bobos, penser que les jeunes viennent dans nos écoles de vélo pour apprendre uniquement à se déplacer à vélo est faux ! Certes, ils vont évidemment acquérir ces connaissances  grâce aux éducateurs mais ils viennent au vélo pour devenir des champions ! Julian Alaphilippe les fait rêver, tout comme le Tour de France mais aussi le petit fils des voisins ou le tonton qui gagne des courses. Avant des départs, on a tous été confrontés à un(e) jeune qui vient autour de l'équipe pour chiner un bidon. Les courses de village offrent une proximité avec le public. Penser le contraire, c'est nier l'un des fondements de notre sport. Si les courses disparaissent, c'est cette envie qui va disparaitre ! Des étoiles qui s'éteindront dans les yeux.

Sans organisateurs...

Il faut bien l'admettre: il faut tout de même être un peu con pour se lancer aujourd'hui dans l'organisation de courses ! Con ou aveuglément passionné ! Vue de l'extérieur, la vie d'un organisateur est évidemment jalonnée de temps forts parfois médiatisés: la présentation de la course, le jour de course avec le podium et la lecture des comptes-rendus dans la presse ou sur sportbreizh au lendemain de la course. Mais dans l'année d'un organisateur, ces moments ne représentent hélas que quelques courts instants. Le reste, c'est avant tout la recherche de fonds et le bouclage de dossiers. C'est le règlement des très nombreux problèmes face aux différentes autorités (surtout cette année); bref, ça ne s'arrête jamais ! Si on continue à considérer les organisateurs de courses comme on le fait actuellement, comme des membres éloignés de la famille, ils seront légion à s'arrêter et à se tourner vers la pétanque, les champignons ou une collection de timbres. Ou les trois !

Les autorités du cyclisme, fédérale ou régionale, doivent observer que la moyenne d'âge des organisateurs ne cesse de grimper. Et il ne sera pas aisé de remplacer les anciens qui s'en vont ! L'un des enjeux de l'année à venir sera l'assistance à ces organisateurs qui hésitent ! Puis le soutien à ceux, plus rares, qui voudraient se lancer... Un jeune organisateur qui ose y aller, c'est un nouveau comité qui se monte avec de jeunes bénévoles. Tout le monde du vélo va devoir se retrousser les manches et se serrer les coudes pour continuer. Face à la crise sanitaire, il n'y a plus d'alternative !

GM

 

 

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Hervé Dagorne: Breton de Hong-Kong

Hervé Dagorne: Breton de Hong-Kong

Il a un peu disparu des radars du cyclisme français et par conséquent breton. Mais Hervé Dagorne n’a pas pour autant décroché de son sacerdoce d’entraineur de la piste. Toujours passionné par la formation, l’éclosion de jeunes talents et la préparation des athlètes de haut niveau, le voici entraineur des équipes nationales de Hong Kong depuis deux ans, après avoir eu la responsabilité de l’équipe nationale du Kazakhstan.

Notre photo: Hervé Dagorne et Lee Wai Sze, championne du monde de vitesse actuelle.

 

Hervé, comment va la vie à Hong-Kong Hervé ?

Très bien, je me suis parfaitement intégré dans cette ville imprégnée de culture chinoise et très cosmopolite et internationale. Tout serait parfait s’il n’y avait pas ce maudit Covinavirus qui nous empêche d’avoir une visibilité sur le calendrier international de la piste. Car, si les épreuves sur route ont repris en Europe, pour la piste c’est le flou le plus complet. Les championnats du monde et les autres épreuves ont été annulés. 

Justement quelle est la situation sanitaire là-bas ?

Ces dernières semaines, une centaine de cas a été répertoriée à Hong Kong, tout au plus (population : 7,5 millions d’habitants). La situation est donc très bien maîtrisée. Mais les compétitions sont arrêtées en Asie. La dernière épreuve sur route sur laquelle nous avons aligné une équipe était le Tour de Langkawi en Malaisie en février dernier, course à laquelle participait également les équipes françaises B&B Vital Concept et Nippo Delko One Provence. 

En septembre, nous avons quand même organisé ce que l’on a appelé ici un « Test Event », une sorte de répétition des Jeux Olympiques. L’objectif était de préparer les athlètes selon des règles qu’ils pourraient avoir à respecter l’an prochain pour les JO de Tokyo.

C’est-à-dire ? 

Tout cela est encore à l’état de discussion, mais il est question, toujours pour des raisons sanitaires, que les athlètes soient placés en quatorzaine avant le début des JO, ce qui aura bien évidemment des implications sur leur préparation. Nous devons donc travailler sur des programmes spécifiques pour les maintenir en forme pendant les deux semaines qui précéderont les compétitions.

Comment est structuré le sport de haut niveau à Hong Kong ?

Hong Kong a son propre comité olympique, créé lorsque l’île était encore une colonie britannique. Au sein de l’Institut des Sports, nous pouvons compter sur de très belles installations avec des laboratoires travaillant sur la récupération, la musculation. Nous avons également des chambres pour reproduire les conditions en altitude, d’autres pour le taux d’humidité, élément important en Asie. Le cyclisme bénéficie de son propre vélodrome couvert et également d’un vélodrome en plein air. Bref nous travaillons dans de très bonnes conditions. 

Qu’en est-il des résultats en cyclisme ? 

En ce qui concerne la piste, nous avons une championne du monde en titre du keirin et de la vitesse, Lee Wai Sze, sacrée en 2019 à Pruszkow en Pologne. Elle est sans doute la meilleure chance de médaille d’or pour Hong Kong aux JO de Tokyo. Le cyclisme est pourvoyeur de médailles pour Hong Kong, notamment lors de l’évènement sportif le plus important après les JO, constitué par les Jeux Asiatiques multisport qui se tiennent tous les quatre ans. 

Dans la section cyclisme, je suis épaulé par des entraineurs venant de Chine continentale. Nous nous occupons d’un groupe comprenant une cinquantaine de coureurs élite et d’une trentaine de juniors. A côté de la piste, nous avons une équipe route masculine de niveau continental qui court en Asie sur le circuit UCI ProSeries. 

Les jeunes générations vous connaissent en tant qu’ancien entraineur des équipes de France sur piste, mais elles ne savent pas forcément qui était le coureur Hervé Dagorne…

J’avais 9 ou 10 ans lorsque mon père m’a inscrit à une course, un contre la montre, ouvert à tout le monde. Il y avait des cyclos, des coureurs, et j’ai fait un temps bien meilleur que certains adultes. Il m’a fallu attendre plusieurs années avant de pouvoir prendre une licence en minime à L’EC Evel. Puis j’ai commencé à gagner régulièrement des courses dans les catégories de jeunes sur route mais aussi sur piste. Je m’entrainais sur les vélodromes de La Rabine et du Moustoir. 

Je prenais le vélo comme un bon divertissement, jusqu’au moment où j’ai été pris en main par Ange Roussel (CTR breton). Il parlait de performance, de recherche sur le matériel. Tout cela m’a tout de suite intéressé. J’ai gagné un titre de champion de Bretagne de poursuite en junior. Il a alors demandé à Bruno, son fils, de s’occuper plus particulièrement de moi. Bruno m’a parlé de plans d’entrainement pluriannuels avec des objectifs comme les Jeux Olympiques. Lorsqu’il a été nommé directeur sportif de l’US Créteil, je l’ai suivi là-bas, tout comme d’autres Bretons comme Pascal Lino. 

Ce sont les Roussel qui m’ont inculqué cette passion pour la recherche de la performance. Ils sont aussi pour beaucoup dans mon choix, après ma carrière, de m’orienter vers la formation des jeunes, l’encadrement, à Créteil puis ensuite en équipe de France et aujourd’hui à Hong Kong.

Vous avez toujours privilégié la piste par rapport à la route. Pourtant, des spécialistes de la poursuite comme vous, ont brillé par la suite sur la route. Citons en quelques-uns : Alain Bondue, Francis Moreau pour parler des Français, et l’exemple le plus accompli de la complémentarité piste-route, Bradley Wiggins, cinq titres mondiaux, deux titres olympiques sur piste et un Tour de France…

J’ai aussi fait pas mal de route. J’ai participé à un Ruban Granitier Breton du temps de l’équipe soviétique et celles des pays de l’Est. J’ai même gagné une étape du Tour d’Uruguay. Mais la piste a toujours été mon truc. Aujourd’hui c’est toujours le cas dans l’encadrement. Sur la piste vous ne pouvez pas tricher. Vous avez 30 gamins de différents niveaux qui débarquent pour un entrainement, vous devez leur concocter des programmes à la fois ludiques pour qu’ils ne s’ennuient pas, tout en faisant preuve de rigueur et de recherche de la performance.

Je suppose que de Hong Kong, vous gardez un œil sur les courses et coureurs français…

Bien entendu. Dimanche, ici il était l’heure d’aller se coucher, j’ai allumé la télé pour voir la fin des championnats du monde. Julian Alaphilippe bouclait ses derniers kilomètres. J’ai crié, je me suis extasié devant son exploit. 

Je regarde aussi les résultats des coureurs que j’ai entraînés. Brian Coquard a fait un très bon Tour de France avec une troisième, une quatrième place et plusieurs top 10. C’est excellent pour son équipe qui participait à son premier tour. Je suis de près également Thomas Boudat qui a intégré Arkea-Samsic et qui fait un très bon travail auprès de Bouhanni. Ce sont des super mecs avec qui j’ai gardé le contact. Comme quoi, la piste reste une filière révélatrice de talents. 

 

 

A regarder les résultats dans les grandes compétitions sur piste, La France semble un peu en retrait en ce moment…

Pendant longtemps les équipes de France et du Royaume-Uni dominaient la piste avec quelques individualités issues d’autres pays. Ce n’est plus tout à fait le cas depuis les jeux de Rio. Le Danemark domine la poursuite par équipe, les Australiens sont également là. Les records du monde n’arrêtent pas de tomber. Tout le monde travaille sur la performance, progresse pour le plus grand intérêt de la piste. Néanmoins la France reste toujours une nation majeure.

Propos recueillis par Albert LE ROUX

 


Le palmarès d’Hervé Dagorne

 

Coureur : Hervé Dagorne a collectionné 12 titres de champion de France en poursuite individuelle et par équipe. Pendant une dizaine d’années, il fut l’un des coureurs majeurs de l’équipe de France de poursuite par équipe avec trois top 5 aux championnats du monde et un grand regret, celui d’échouer au pied du podium aux JO d’Atlanta en 1988. Il obtient aussi deux titres de champion d’Europe en 1985 et 1987. Il remporte à deux reprises l’Open des Nations de Paris-Bercy en 1991 et 1993. Il a gagné 14 six jours. 

Entraineur : Après avoir été directeur sportif de l’US Créteil entre 1995 et 2001, il entre au comité directeur de la FFC. De 2009 à 2014, il est entraineur national des équipes de fond. En 2012, il entraine Brian Coquard qui obtient la médaille d’argent en Omnium aux JO de Londres. En 2013, il est le coach du duo Vivien Brisse et Morgan Kneisky, champions du monde de l’américaine. En 2014, un autre de ses coureurs, Thomas Boudat devient champion du monde de l’Omnium.

 

 

-Hervé Dagorne et Brian Coquard, médaille d’argent de l’omnium aux JO de Londres.

 

-Hervé Dagorne et Thomas Boudat, champion du monde de l’omnium à Cali en 2014.

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